Retour à Hambourg

Notes sur Pune

Notre arrivée

Notre séjour à Pune est passé très vite et je n’ai pas eu le temps, sur place, de mettre au propre mes notes et impressions. Ci dessous quelques réflexions sur le profil de ville de Pune. Rien sur le yoga (il faut que je digère un peu :))

Il nous a fallu presque 3 jours pour être complètement à l’heure indienne: pour s’adapter à l’hiver indien. Ici il fait plus ou moins 30 degrés de plus qu’à Hambourg, et nos corps se sont si vite habitués, qu’on arrive même à trouver les soirées légèrement fraîches ! Après quelques jours comme sur un nuage (être à la Mecque du yoga!) je commence a m’interroger sur la ville . Attention c’est l’architecte qui prend la plume et non pas la yogini.

Nous résidons dans la chambre d’une villa d’un quartier très très privilégié, pas tout à fait à côté de l’institut, donc il faut prendre un rickshaw ou un taxi chaque fois que nous devons nous y rendre. Ce trajet d’environ 15 à 20 minutes permet de prendre le pouls de la ville. De notre appartement jusqu’au centre, pas un bidonville sur la route. On a vu des vaches sur le chemin, un ou deux enfants qui mendient dans la rue, mais pas de mourants sur les trottoirs, comme j’aurais pu m’y attendre vu les descriptions qu’on m’avait fait. Au contraire, une vie grouillante, énormément de circulation, beaucoup de pollution et de la poussière partout, des échoppes colorées le long des routes, des universités, des écoles, et enfin beaucoup de végétation.

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notre résidence à Pune, dans les quartiers chics

Une ville qui semble être le reflet de la fulgurante croissance indienne.

J’ai appris que Pune est un pôle de formation et une ville universitaire qui attire de nombreux jeunes gens. C’est aussi la « Detroit de l’Inde »: des constructeurs automobiles comme Tata, Fiat, Chrysler et Volkswagen y ont leurs usines .La ville est aussi un hub important pour les entreprises de télécommunication qui s’y sont massivement implantées profitant d’un climat économique favorable, de la proximité avec Mumbai et du fait que la pression immobilière n’y est pas si élevée.

D’ailleurs, sur la route, ce qui a tout de suite attire mon attention, c’est qu’un panneau publicitaire sur deux fait la promotion de grands ensembles immobiliers plus luxurieux les uns que les autres. les billboards présentent des vues en 3D de bâtiments modernes et rutilants aux façades vitrées, promesse d’une vie moderne (ultra-occidentalisée).

J’ai même lu quelque part que la première Trump tower d’Inde sera construite à Pune.

Mais cette proposition aseptisée n’a pas l’air de prendre au niveau de la rue, qui reste bruyante, désordonnée, polluée, poussiéreuse etc etc.

D’ailleurs le décalage entre les deux est absurde a voir.

Des slums peu visibles, mais bien présents

(Ségrégation par la langue: les panneaux sont rédigés exclusivement en anglais, les pauvres ne parlent pas anglais)

Alors pendant mes premières nuits d’insomnie dues au décalage horaire, je me suis un peu enquise  au sujet de cette ville moyenne (c’est évidemment relatif) de l’Inde.

Mes recherches m’ont appris que la ville compte 3 millions d’habitants (Pune et sa métropole en comptent 5) et que la population a presque doublé en 20 ans.

Pourtant il semble que cette prospérité cache une misère tout aussi galopante et invisible aux yeux des étrangers qui tournent en rond dans le centre prospère. La ville est dépassée par l’augmentation de population et ne semble pas parvenir à faire face aux défis que cela pose (pollution, traitement des déchets, eau etc) Car si les cadres et les étudiants déménagent à Pune, il en va de même avec la population qui déserte les campagnes et finit dans des taudis.

Atlas des bidonvilles de Pune

Une ONG locale a établi un atlas des bidonvilles de Pune et a calculé le nombre exact de bidonvilles et le nombre de personnes qui y habitent.

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Contrairement aux études sommaires de la ville, les habitants des bidonvilles ont été estimés à 1,2 millions en 2011, c’est à dire que presque la moitié des habitants de Pune sont extrêmement pauvres, n’ont pas d’accès à l’eau potable ou à l’électricité. Les bidonvilles occupent une surface de 2,34% de la ville – imaginez un peu la densité!

Le plus effarant là dedans, c’est qu’on sait que l’économie indienne se positionne à la 10eme place mondiale, que son taux de croissance est un des des plus élevé et on nous rabâche que les conditions de vie s’améliorent en Inde, qu’une immense classe moyenne est en train de se créer etc.. mais la même étude a aussi montré que le pourcentage de la population vivant dans des taudis à Pune a augmenté de manière significative au lieu de régresser comme on pourrait le croire.

En 1961, Le pourcentage de la population vivant dans des bidonvilles était de 15%

En 1981, de 31,33% , en 2011 de 40,38%… Donc, on peut affirmer sans crainte de se tromper qu’elle ne doit pas être loin des 50% aujourd’hui!

Au regard des chiffres cités plus haut, l’observateur étranger que je suis se demande comment cela peut fonctionner aussi paisiblement, dans un pays où la corruption semble être impossible à éradiquer et où des dizaines de langues officielles côtoient des dizaines de religions.

queue devant la banque: le gouvernement a retiré les billets de 500 et 1000 roupies pour tenter d’éradiquer le marché noir

« L’Inde est une anarchie qui fonctionne »

Jk. Galbraith

Une ville moyenne représentative

Il me semble que Pune est vraiment un cas représentatif de ces villes dites moyennes ou intermédiaires dans les pays émergents. Les disparités entre riches et pauvres sont immenses et la ville semble surpassée par les défis que pose cette croissance incontrôlable: tandis que des immeubles de luxe sont construits sur des terres rurales en principe non constructibles, les infrastructures ne suivent pas: une grande partie de la population n’a pas d’eau courante et la presque totalité des eaux usées n’est pas traîtée. Comme il n’y a pas vraiment de réseau de transport en commun, le trafic urbain est intense et la pollution qui va avec est insupportable.

Je ne suis pas assez qualifiée pour porter une analyse, je pose ici simplement mes observations de touriste et je trouve incroyable que ce pays si chaotique soit une démocratie qui fonctionne quand on pense à tous les ingrédients explosifs et les disparités extrêmes qu’il y a dans ce mix! Peut-être un peu à l’image de la cuisine indienne si variée et si pimentée.. Tout comme les épices sont le dénominateur commun de la cuisine indienne, il semble qu’il y ait une sorte d’ingrédient invisible comme un mélange d’épices, liant indéfinissable qui assure la cohésion sociale dans un pays aux milles identités…

Retour à Hambourg

En tous cas, nous sommes rentrées à Hambourg. Sur le chemin du retour à la maison, la grisaille ambiante me frappe: en plus du gris dans le ciel, tout à l’air très rangé ici. Les gens ne portent pas de vêtements colorés, les véhicules sont étrangement silencieux, et personne ne klaxonne, pas d’odeur, pas de couleur, c’est le désert sur les trottoirs. Les vitrines des magasins ont beau être complètement ornées de décorations de noël, c’est une grisaille désespérante qui règne dans les rues. Seulement quelques heures après avoir mis le pied sur le sol teuton, Je me sens déjà complètement déprimée. La descente quoi. Je crois que je suis en train de ressentir le choc culturel dont on m’avait parlé avant mon départ… mais à l’envers.

Références:

Slum atlas

Article du Times of India

Trump Tower Pune

 

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